Le Blog de DTN

28 mars 2011

C'est comment la vie à Maputo?

 

La semaine dernière, un Français qui avait vu mon profil sur un réseau professionnel en ligne, m'a contacté pour me poser quelques questions sur Maputo, et sur l'entreprise ou il postule ici. J'avais prévu de répondre très succintement, parce que je ne connais pas non plus la ville par coeur en deux mois seulement de présence. Et puis finalement je lui ai écrit un roman...

Réponses d'expat' à des questions d'expats', assez typiques, plutôt techniques, assez françaises. Il ne m'as pas demandé d'infos sur l'insécurité, ce mec doit être assez atypique.

Copié collé...

Bonsoir Sébastien!

Je vais tenter de répondre un peu à tes questions, mais ce n'est pas facile!
Attention au lecteur: Mes avis n'ont rien de 'scientifique' bien sûr.

Système de santé

Catastrophique. A 80% financé par l'aide internationale. 80% des dépenses de santé au Mozambique sont la malaria et la sida, ce qui plombe la qualité de tout le reste.

 La qualité des soins est-elle bonne ?

Non, sauf pour les blancs.

Les couts de santé sont-ils élevés ?
Oui, très élevés, surtout si tu es payé en dollars et non en euros. Personnellement il ne m'est rien arrivé, donc je ne saurais te dire les prix de tel ou tel soin. J'imagine, les prix nominaux de France, en dollars, non remboursés. De toutes façons, c'est ta mutuelle BHP Billiton qui paiera.

 Trouve-t-on facilement des médicaments de première nécessité ?

Oui, très facilement. Il y a des pharmacies de toutes qualités. Le pays est très réactif pour soigner la malaria. Il ya de toutes facons très peu de risques dans le sud. Si tu ne trouves vraiment pas un médoc en particulier, Nelspruit est à 2h de route.

 Pour des soins de meilleures qualités, vaut-il mieux se diriger vers l’Afrique du Sud ? Dans ce cas-là, les frais sont ils élevés ?

Non, pas la peine, il y a plein de cliniques pour blancs et étrangers ici, de qualité (il y a une énorme communauté expatriée). Par contre pour des soins demandant des installations plus lourdes (chirurgies un tant soit peu avancées, accouchement difficile, lazer, cancer) oui, il faut aller en sudaf, voire, si ce n'est pas urgent, attendre les vacances au pays.

 Protection sociale (maladie, maternité, retraite…)
Existe-t-il un système de qualité ou nous conseilles-tu de souscrire en France ? Dans ce cas, quels organismes nous conseilles-tu ?

Tout est privé, il y a plein d'assurances ici. Moi j'ai une assurance en France. Vois avec BHP s'ils ont une mutuelle à te proposer, ce qui est très probable. Le seul problème de garder une mutuelle privée internationale basée en Europe, c'est que le dollar s'est cassé la gueule, donc mon assurance est 40% plus chère si je la traduis en dollars.

 Système bancaire : Pour les dépenses courantes nous pensons ouvrir un compte local. Qu'en penses-tu ? Quelles sont les banques que tu nous recommandes ?

 Oui bien sur, un compte en dollar et métical, aucun souci, à Maputo c'est très développé. 90% des agences bancaires du Mozambique sont situées dans la province de Maputo. Il y a la Barclay's, il y a les banques sudaf, il y a la Millenium BIM qui a tout d'une banque française, à part qu'ils sont moins voleurs :p

 Logement : Trouve-t-on facilement des logements de qualité ? Quels sont les quartiers que tu recommandes ? Quel est le coût d’une location par exemple une petite villa, ou un appartement de 3 pièces ?

On trouve très facilement des logements de qualité, et très grands. Par contre, c'est cher. Pas encore les prix hallucinants de Luanda, mais je suis dans un 3 chambres avec 3 expats et on paie 1650$. Il ne faut pas traduire en euros, car cela aurait l'air pas cher (1100€). Règle numéro un pour se repérer au niveau des prix en général: comme on est payés en dollars, on ne doit pas traduire en euros.
Une petite villa, je n'en sais rien, mais ce serait ultra cher que ca ne m'étonnerait pas. Après, partout où je vais chez les gens, c'est super bien, grand, lumineux, jardin et tout. Moi je suis pas trop connaisseur de l'immobilier, je suis tout seul, je gagne pas trop de sous, donc je ne suis pas un très bon conseil. Les RH de Mozal doivent avoir des listes d'apparts.
Les quartiers: Sommerschield est le quartier des blancs, il commence avenue Mao Tsé Tung et s'étend jusqu'à Costa do Sol, le quartier des blancs ultra riches (et des écoles internationales ou sont scolarisé les enfants d'expats). Dans ce quartier tu trouverais des maisons très chères mais très belles, et des rues sans trous. Moi j'habite à Polana cemento, le quartier des (beaux) appartements.

Il faut savoir que si mon quartier a des trottoirs défoncés, des vendeuses qui posent leurs chaussures d'occasion et leurs fruits sur le trottoir et des HLM soviético-cubains aux murs décrépits, c'est l'équivalent du 8ème à Paris. Si c'est pas le 16ème, c'est juste en dessous !

L'entreprise Mozal est situé derrière Matola, qui est une ville jumelle-siamoise. Donc si tu vis à Sommershield dans le quartier des blancs, tu es à une heure de bouchons de Mozal. A Matola il n'y a que des locaux. Matola c'est la ville des classes moyennes de Maputo, pas du tout un ghetto, pas du tout d'insécurité (j'y reviendrais si tu veux) ce sont des maisons en ciment qui peuvent aller jusqu'à la villa. C'est une ville dortoir, sans maisons à étages, en fait. Il y a aussi des 'condo' qui poussent: des quartiers fermés avec des maisons en duplex identiques et une piscine par résidence. Des maisons à vendre, mais assez américain (or south african, for that matter). Le plus: tout près de Mozal, à l'Ouest de Matola.
Si tu vis à Matola, c'est très correct, très faisable, mais bon, à moins que vous décidiez de vraiment vivre avec les mozambicains, les probabilités que vous cherchiez dans l'Est de Maputo sont quand même fortes.

Les Moz sont adorables et pas du tout racistes, pas agressifs, pas non plus avec une mentalité de mandiants vis à vis des blancs, donc c'est très sympa à vivre et au bout d'un temps on peut se faire des potes locaux. Après, c'est sûr que en tant qu'expat c'est plus facile de se faire des potes expats, ne serait-ce que pour des raisons de loisirs, de culture, de langue, et le quartier, ça aide.
Je sais pas combien de temps du penses rester, ni quand vous arriveriez. Mais louer un appart dans mon quartier (calme et très "européen"), et prendre ta caisse pour aller à Mozal, ca peut être raisonnable comme début. Il y a un péage à 60 cents $, mais la route est bonne, et si tu as la possibilité d'éviter rush hour, c'est faisable.
Evidemment il faut que tu demandes l'avis d'autres personnes. Mais un appart comme le nôtre, très grand avec balcons, pour 1700, c'est bien je pense.

Coût de la vie : Comment se situe le coût de la vie ? Quel est par exemple le prix d’un véhicule de type 4x4 ?

Le cout de la vie dans le centre de Maputo est en gros 15-20% moins cher qu'en France. C'est ultra cher pour l’Afrique, parce que Maputo est comme la Réunion: ils ne produisent rien, ne ramènent aucune marchandise du nord du pays, importent tout d’Afrique du sud. Les caisses sont très chères. Parait-il qu'il y a une loi qui permet d'importer une voiture neuve d'AFsud et d'être exempté de certaines taxes. Renseigne toi. Mais sinon c'est comme partout dans le monde, y'a de toutes les qualités, tous les kilométrages et toutes les tailles niveau 4x4, tout dépend du prix que tu es prêt à y mettre.

Droit du travail : Les employeurs peuvent ils te jeter du jour au lendemain comme dans certains pays anglo-saxons ?

Afin de monter dans le classement "Doing business" de la Banque Mondiale, le Moz a sorti une loi qui rend très 'flexible' le droit du travail: on vire sans avis préalable, c'est le CNE français. Je ne sais pas si cela s'applique aux expatriés. Chaque expatrié a un statut différent, et à mon avis, négocié individuellement.  En fonction de sa boite (industrie, commerce, aide au développement, ambassades) ça peut être très différent.

 La société Mozal a-t-elle bonne réputation ?

C'est la première entreprise du Mozambique, mondialement connue, 40% de PIB de la Province de Maputo, 75% de la consommation NATIONALE d'électricité. C'est un monstre industriel. Ils ont licencié l'an dernier quand le cours de l'aluminium s'est écroulé, mais globalement, c'est 1200 salariés.

 Connais-tu des salariés de cette société? Sont-ils bien traités ?

J'en connais. Ils sont largement mieux traités et payés que la tendance nationale, après, par rapport à des standards français, je sais pas. Ce n'est pas sûr que ce soit un paradis de la liberté syndicale. Ce qui est sûr c'est que pour faire un milliard de dollars de chiffres d'affaires sur un complexe de quelques hectares, il faut avoir les mêmes standards d'exigence qualité qu'en Europe. C'est pour cela qu'ils sont intéressés pour te recruter, j'imagine.

Quel serait un bon salaire à Maputo?
Je ne saurais te dire combien les expats gagnent ici, mais j'imagine que c'est pas mal. La vie est plutôt agréable ici, mais évidemment tout se paie. Le facteur le plus important, c'est ton salaire: il détermine en fait les réponses à toutes les questions que tu m'as posé dans ton mail. Explique leur bien que 4000$ et 4000€ ca n'a rien à voir! Garde bien en tête aussi que Mozal est la poule aux oeufs d'or de BHP, c'est plus de 2/3 de leur profit mondial! Ils peuvent se transférer Zidane pour bosser à l'usine s'ils veulent.


Comment est la vie à Maputo ? Est-ce agréable ?
Je dirais les plus de ce pays (enfin, de Maputo) pour un occidental sont: 1) la relative sécurité (il y a bien sur des braquages, mais ca n'a RIEN à VOIR avec le niveau de danger de la Côte d'Ivoire, la RDC, du Kenya, de l'Angola ou de l'Afrique du Sud, et encore moins avec le Venezuela ou le Guatemala!). Je suis pas flippé de nature, c'est vrai, mais ici je me sens jamais traqué.
2) l'absence de mendicité (moins de mendicité qu'à Paris, c'est évident) les Mozambicains mendient très très peu (donc il faut absolument ne jamais donner sinon ils vont s'y mettre!) mais te vendront tout, ce qui est une attitude nettement différente  3) la proximité avec la mer, les îles, les plages paradisiaques d'Inhambane, et 2 autres pays: si on veut s'échapper un weekend pour décompresser, c'est tout près. 4) dans la ville la ségrégation (noirs-blancs; riches-pauvres; beaux quartiers-bidonvilles) n'est pas encore à un niveau insupportable pour les locaux, et donc nous, nous ne sommes pas obligés d'être parqués dans des villas de haute sécurité, et nous avons encore le choix du quartier. Cela n'est pas dû au manque d'inégalités (ce pays est ultra inégalitaire) mais en partie à ce que je disais plus haut: au tempérament assez peu agressif des mozambicains, et à l'insécurité relativement faible.
Les barons de la drogue et les corrompus ont leur quartier fermé (autour de la présidence) de villas énormes à porte blindée, mais à part ça, c'est une ville assez accessible.
5) Après, la vie nocturne et culturelle est sympa (pas transcendant mais sympa), on peut faire du sport, on peut faire un footing, on peut aller au ciné, y'a des restaus, la ville (une colline perchée sur la mer) a son charme, les rues ont des beaux arbres fleuris, etc. Je pourrais parler de ces aspects, et aussi de mon appréciation de la nature des relations personnelles avec les mozambicains, ou mon opinion par rapport à d'autres pays africains etc. mais tout cela est tellement subjectif que mon avis personnel ne te serait pas très utile. Vous vous ferez le vôtre.

Les moins de la ville, c'est qu'elle est chère par rapport aux autres pays africains. En tant qu'expat tu n'as pas un niveau de vie bcp plus élevé que chez toi (le luxe est souvent l'une des motivations des expats). A moins que tu ne sois un expat très très bien payé, Maputo, vous y vivrez bien, mais vous ne roulerez pas sur l'or.

Le contrecoup positif, c'est que tu n'es pas perçu comme une banque sur pattes, et que, même avec un très bon salaire, tu n'as pas la désagréable sensation d'être un riche parmi les miséreux. Et puis... tu ne seras jamais aussi riche que les politiciens-entrepreneurs-mafieux-corrompus d'ici !

Voila Sébastien, pour conclure, mes avis n'ont rien de ceux d'un "expert", c'est une grande ville, et je n'y suis pas depuis longtemps.
Ce qui est sûr par contre c'est que je la connais déjà mieux que certains expatriés qui restent entre Sommershield et Sommershield. Je vais peut-être m'arrêter j'en ai dit bien plus que je n'en savais vraiment (!) il faut être raisonnable.

A ton arrivée on ira pendre une bière au bar Acacias dans le parc des professeurs, en regardant le soleil se coucher du haut de la corniche, et on parlera de Toulouse

David

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The living in Maputo updates

Chaque semaine je reçois la newsletter des expats de Maputo. Les patrons de bars, les organisateurs d'évènements et de sorties envoient les infos au coordinateur de la mailing list. Dans cette ville, c'est la seule source d'info que j'ai trouvé pour les weekends. Sinon en général j'apprends que tel ou tel conférence ou concert a eu lieu, bien après qu'il ait eu lieu...

Ce weekend, j'ai été à la plage de Macaneta, une immense plage superbe, qui fait penser un peu à la côte de Gironde, mais sans personne. J'ai aussi été voir le concert hébdomadaire au Nucleo de Arte, une ambiance très roots, avec des blancs et des noirs à cheveux longs, ambiance reggae rock, avec expos de peinture, avec des peintres bien éméchés qui finissaient leurs toiles devant les gens venus écouter de la musique. Très sympa. Un petit ilôt de hippies, d'homosexuels et de gauchistes, d'artistes perdus et de touristes backpackers, au milieu de cette ville autrement très matérialiste et m'as-tu-vu.

 

THURSDAY, MARCH 24

“Eu, Mucavel” directed by Patrick Schmitt I CCFM I 18h00: Short-film/Documentary
Banda Kakana I África Bar I 22h00: Concert
Silita I Gil Vicente Bar I 22h30: Concert


FRIDAY, MARCH 25

Science with Balloons by Carlos Martins da Fonseca I Escola Primária Completa Polana Caniço A I 09h00 - 10h00: Learning for Kids
Critical Mass Maputo I Independence Square - Maputo I 18h00 I 150MT: Cycling race
Music: The Food For The Soul! I Mafalala Libre Bar I 22h30 I 100MT: Concert
Hortêncio Langa 60 Years I CCFM I 20h30 I 350MT (200MT<27 years olds): Concert
“Menina Effe” I Anfiteatro 1502, FLCS - UEM I 15h30: Italian Film
Opening of the exhibition: “Voltas em mundos sem revoltas” I Núcleo de Arte I 18h00: Art
Live Music I Xima Bar I 22h00: Concert
Valdemiro José I Gil Vicente Bar I 22h30: Concert


SATURDAY, MARCH 26

Women Entrepreneur Food Fair I FEIMA I 09h00 – 22h00 I Call: 21 493 179 or 82 903 3706: Food Fair
Day Trip to Macaneta I Macaneta I 09h00 – 11h00 I Bookings: jane.flood@gmail.com, 82 419 0574
Train to Marracuene + Lunch at Jay´s Beach Lodge Depart Maputo at 07h30 and arrive in Marracuene at 08h21 or Depart Maputo at 09h55 and arrive in Marracuene at 12h13. Depart Marracuene 18h19 and arrive in Maputo at 19h12
Tours of Bairro da Mafalala I Mafalala I 09h00 – 11h00 I Call: 82 418 0314 / 82 415 1580: Cultural Tour Bookings are essential
Painting class for kids at Pérgola I FEIMA I 09h00-13h00: animation for Kids
Isis Mbaga: sale of clothing and footwear I Mafalala Libre Bar I 09h00-17h00: Fair
"Tardes Calientes" I Desportivo Pool I 12h00 I 300MT: Party
Vivendo com a Sogra I Cine-teatro Gilberto Mendes I 16h00: Theatre
“Nove Hora” by Lucrécia Paco I Teatro Avenida I 18h30 I 200MT: Theatre
"Finest Deep House Music" with Dj Black Coffee I Coconuts I 23h00 I 500MT (normal), 800MT (vip): Dance, Disco
Live Music I Núcleo de Arte I 18h30: Concert
Afro jazz fusion & Afro bossa nova with Banda Brakutsa I Casa Blanca I 19h30: Concert
Jojo e Miguel Xabinza I Mafalala Libre Bar I 22h00: Concert
Live Music I Xima Bar I 22h00: Concert

Jam Session with Rãs Hatrim I Gil Vicente Bar I 23h00: Concert

SUNDAY, MARCH 27

Art Deco and Pancho Guedes City walking tour I Starting by the café at Pestana Rovuma Hotel I 15h00 - 17h00 I jane.flood@gmail.com or 82 419 0574: Walking Tour
Vivendo com a Sogra I Cine-teatro Gilberto Mendes I 16h00: Theatre
Vida Dura I Cine-teatro Gilberto Mendes I 18h30: Theatre
Jam Session I Xima Bar I 19h00: Concert
Amável Live I Núcleo de Arte I 18h30: Concert

TUESDAY, MARCH 29

Want to sing? I Gil Vicente Bar I 18h00-22h00: Karaoke with band

WEDNESDAY, MARCH 30

“Noite de Abraços” with Hortêncio Langa I Bar Fofoca I 18h00 I 82 7291097/82 3494629: Cultural Event


* This agenda is brought to you with special thanks to Sra. Alba Martín Luque, Cultural Manager at the Spanish Embassy in Maputo

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13 mars 2011

Suazilândia

Aujourd'hui je dois sortir du Mozambique, comme tous les mois. C'est Angela, ma chef au bureau, qui m'ammène dans sa voiture de fonction, comme le mois dernier. Comme la dernière fois on s'est pris 65€ d'ammende pour une égratignure sur le rétroviseur gauche, par un policier écervelé, en Afrique du Sud, nous avons décidé d'aller plutôt au Swaziland. Ce royaume dirigé par un roi ultra polygame (12 femmes, il épouse la nouvelle miss Swaziland presque chaque année) et animiste chrétien fou totalitaire et violent. On verra Mwatsi_IIIbien ce que ca va donner, mais en général les frontières ne donnent pas une très bonne indication du pays. Le Swaziland est si petit qu'on peut le traverser en quelques heures, mais je n'ai pas très envie de verser leurs salaires aux policiers.
Ma chef arrive au rendez-vous une heure en retard, ce qui n'est pas, contrairement à ses compatriotes, son habitude. En fait la nounou de ses enfants n'étant jamais venue, elle a cherché à les confier à quelqu'un, mais n'y est pas parvenue.

J'embarque alors avec ses trois petits, très calmes tout au long du parcours. Le paysage sur la route de Namaacha, à la frontière avec le Swaziland, est magnifique. Très vert, très valloné, une image de grands espaces comme on s'imagine l'Afrique. On a vraiment envie de s'arrêter marcher dans les montagnes aparamment vierges, de se baigner dans les rivières qui coulent à leurs pieds. On s'attend presque à voir surgir des Lions d'un bosquet. Ce serait surprenant, vu qu'ils sont en passe d'être tous massacrés par des chasseurs américains qui prennent le terme Safari un peu trop au sérieux.

Il y a parait-il des cascades magnifiques à Namaacha, mais ce sera pour une autre fois. La petite ville frontalière n'a pas bougé depuis l'époque coloniale et la guerre civile. Quelques toits se sont éffondrés, mais l'école porte encore les peintures des anciens slogans du FRELIMO, le parti unique de l'époque communiste devenu parti monopolistique après la consécration de l'économie de marché et du multipartisme. Sur le portail d'entrée du Lycée de Namaacha on peut lire "Viva a revolução socialista". Quand on sait le panier de crabes capitalistes qu'est devenu le pays, ces vieux slogans d'un autre âge font ricaner.

J'aurais donc passé 3 minutes au bord du Royaume du Roi Swazi, pour la visite, ce sera pour une autre fois.

La vraie aventure de ce voyage,  c'est de voir la route au Mozambique. Le jour, on voit quelques camions de fret, quelques personnes qui marchent, sans doute des dizaines de kilomètres, au bord de la route, et a chaque petit hameau, des vendeuses qui vendent toutes la même chose: noix de cajou écossées, Coca-cola, biscuits, chips, charbon de bois, chewing-gum, recherches de téléphone portable, oignons, bières, cigarettes, tomates, bananes... On voit également des jeunes au milieu de la cambrousse, assis à côté d'un seau, dont ils sortent, au passage des voitures, une langouste grise qu'ils brandissent aux conducteurs. S'ils sont là, c'est bien que certaines personnes doivent s'arrêter leur en acheter de temps en temps.

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la "Multinationale de dieu"

L'église qui nous pique souvent le terrain de basket, s'appelle la "Igreja Universal do Reino de Deus" aussi connue sous le nom de "Jesus Cristo é O Senhor" est au Mozambique un véritable empire du business de la religion. Crée au Brésil en 77, la "Igreja Universal" revendique 13 millions de fidèles. Moi j'appellerais plutôt cela des clients. "La Universal" a des dizaines d'églises dans Maputo, et au bord des routes dans tous les villages le long de la route vers Namaacha. Leurs "églises" s'apparentent plus à des salles de réunion d'entreprise ou des salles des fêtes de nos villages français. J'imagine que dans les villages, c'est le seul endroit au carrelage blanc, propre, éclairé, climatisé, avec sono et musique à fond, ce qui de ce simple fait la rend attractive, quand on voit la saleté de tous les autres bâtiments. Tous ces lieux sont donc flambants neufs, colorés et annoncés par un gros logo de l'église en néon.

Fachada_Catedral_1_
La 'Universal' a sa radio. Je tombe parfois dessus en changeant de station. "Vous avez tout perdu, vous êtres au fond du trou, la malchance vous poursuit, vous êtes malade, votre époux vous bat vous trompe ou est mort, vous n'avez pas d'argent, vous êtes victime ou alcoolique... rejoignez le royaume du seigneur" ou alors des "témoignages" enregistrés de "vrais gens" qui "ont tout perdu" mais qui ont heureusement "rejoint l'église universelle du royaume de dieu" et qui presque aussitôt ont trouvé "l'amour, le mariage, la réussite professionnelle, les amis, la santé". On ne parle même pas de valeurs morales ou de sens à son existence, ce n'est pas assez vendeur.

Le siège de l'Eglise est inauguré aujourd'hui même, 13 Mars, par le fondateur de l'église, venu spécialement du Brésil pour l'occasion annoncé en véritable messie par sa radio. Il est déjà écrit que des dizaines de femmes s'évanouiront, sous l'oeuil des caméras de télévision, à la simple vue de ce grand homme, plus riche que le pape, lequel commetra ensuite des dizaines de miracles: un aveugle, un handicapé, un muet, un cancéreux, une diabétique et enfin, clou du spectacle, car nous sommes en Afrique, il guérira une ou deux personnes du SIDA. Le bâtiment situé sur la 24 De Julho, l'avenue centrale de Maputo, ressemble a à s'y mémprendre à un siège social de banque.  Vitres teintées, bureaux apparents, entrée avec réception etc. En repassant devant tout à l'heure, je me suis dit qu'en fait ce bâtiment me faisait fortement penser au ministère des finances à bercy, à croire qu'ils s'en sont inspirés.


Ce "saint-siège-social" ou cette "sainte filiale" est situé exactement en face de l'assemblée nationale, ce qui n'est pas un hasard, évidemment. La télé nationale TVM "loue" des heures d'antenne hertzienes à l' "IURD" en milieu de journée. Miracles, exorcisations, évanouissements, discours enflammés de télévangélistes, et vies sauvées sont au programme. Aucun journaliste ne se risquera à faire une enquête sur les pratiques de cette entreprise, aucun député ne questionnera les montants exorbitants extorqués aux pauvres clients-fidèles, ou fidèles clients. La Justice Brésiliene s'était risquée à condamner le fondateur à 10 jours de prison pour "charlantanisme et exploitation de la piété populaire", mais le mal était fait. Au Mozambique, les juges eux-mêmes auraient des intérêts dans l'IURD que ça ne m'étonnerait pas. C'est un lobby très puissant, car qui s'y attaque est un infidèle! De plus on est au Mozambique, donc qui s'y attaque peut être acheté avec les milliards de 'reais' de l'église. Ou alors il suffit d'intéresser financièrement les épouses de ministres, ce que l'Eglise IURD fait depuis son arrivée au pays, au lendemain de la guerre civile. De toutes façons, condamner les dirigeants de l'église, ce serait les ériger au rang de martyr et donc, aider leur cause.
Le seul moyen de combattre ce business de la religion, serait d'éduquer la population, parce que ça parait tellement évident que c'est une arnaque pour pauvres... Mais qui veut réellement combattre?
Il se fait plein de choses scandaleuses au Mozambique. Mais derrière chaque chose scandaleuse, il y a un accord plus ou moins tacite avec le FRELIMO, le parti au pouvoir, anciennement anticlérical et socialiste. La guerre froide est finie, les temps ont changé et aujourd'hui l'Eglise Universelle organise des prières de masse ou l'on hurle qu'il faut "prier pour que le FRELIMO gagne" ou "prier pour que le président Guebuza soit réelu", tout cela étant télévisé nationalement, évidemment. Au Brésil, certains 'pasteurs' de cette église sont élus au parlement, l'IURD a ses hôpitaux privés, ses crèches, ses écoles.

Pendant ce temps les pauvres fidèles -pauvres- sont poussés à faire don de leurs terres, de leurs voitures, de leurs économies, de leurs maisons, de leur temps, pour l'Eglise, ainsi qu'acheter les très chers produits dérivés de l'Eglise et à payer leur entrée pour assister aux messes spéciales. Une partie de cela terminant dans les poches du FRELIMO, les fidèles étant incités à adorer le saint président, tout le monde y trouve sont compte (en banque).

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07 mars 2011

Le nez dans la farine

La semaine dernière, des journalistes, sans doute alertés par des dockers, ont repéré un gros chargement d'armes et de drogue au port de Maputo, en provenance d'Iran, ce qui a fait la une des journeaux. Mais la police Mozambicaine a fermement démenti, affirmant que les journalistes avaient confondu cocaïne et farine de blé, et avaient pris des ustensiles agricoles pour des armes. Quelques jours après les douanes affirment que les armes (qui étaient des ustensiles agricoles) avaient été achetées légalement par l'armée du Swaziland pour son équipement. Ce achat a provoqué l'indignation des défenseurs des droits de l'homme au Royaume du Swaziland, arguant que ces armes allaient être utilisées contre le peuple, et que l'argent aurait du servir à autre chose, dans ce pays ultra pauvre.

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06 mars 2011

Chapa circus

La nuit tombée les bords de route sont envahis par des centaines de personnes, dont beaucoup d'enfants marchant seuls et beaucoup de gens pieds nus, de nombreuses voitures, qui n'ont pas toujours tous leurs phares, leur passant très près à côté et, surtout, des dizaines de 'chapas', ces minibus de 8 places dans lequel 20 personnes minimum s'entassent littéralement comme des sardines. C'est la ligne 3 ou la ligne 13 du métro parisien à rush hour, ou encore les bus de la Courneuve (dans lesquels 8 personnes valident mais 90 personnes entrent). Sauf qu'à Maputo, il fait 30° dix mois par an.

xapa_crise_de_transporte
Les conducteurs de chapa n'ont pas l'air d'avoir la moindre considération pour la vie de leurs passagers, tant ils roulent comme des fous. Les chapas étant bondées, beaucoup de propriétaires de pickup, ces gros 4x4 avec une benne à l'arrière, embarquent 15 ou 20 personnes dans leur benne, assis sur le rebord. Interpellé sur les dangers de cette pratique, pourtant due à l'ineptie des transports publics, le ministre des transports a préféré dire que cela n'existait pas, que les journalistes colportaient de fausses informations pour déstabiliser le pays, dont la situation est déjà assez difficile comme cela.


Les "chaperos" ou propriétaires de chapas, se disent prix en éteau entre le prix de l'essence qui monte, et le tarif d'un voyage, qui est réglementé par la police à 5mt maximum (11 centimes d'euro). Même en sur-bondant son chapa, on gagne mazimum 2,5 euro, pour 16 km (en moyenne) de trajet éprouvant. Ceux-ci se font donc avoir, et ont fait une grève en novembre, qui a totalement arrété Maputo, car il n'y a aucune alternative de transport. Après la grève les chaperos n'auraient pas remis en service tous les minibus, arguant qu'ils ne pouvaient pas couvrir les frais de garagiste.

Le gouvernement, dont les ministres successifs n'ont jamais rien fait pour les transports, à part prendre des parts dans les concessionnaires de voitures importées, s'est mis face à un dilemme: si on augmente les prix, comme le demandent les chaperos, de 5 à 18 Metical, on prend le risque de mécontenter le peuple, ce qui est leur peur numéro un depuis qu'ils ont vu ou cela a ammené Ben Ali et Moubarak. Le problème c'est que si on fait passer le prix à 18 Mt. soit 45 centimes d'euro, on ruine les gens qui devront lâcher environ 2€ par jour, soit 50€ par mois, une fortune,  totalement hors de portée des étudiants et lycéens par exemple, mais aussi ne nombreux travailleurs informels, qui gagnent une misère (le salaire minimum étant justement de 50e par mois). Si on n'augmente pas le prix, on reste dans cette situation catastrophique, et on condamne les 'chaperos' à rester dans une situation de survie permanente, incapables d'investir par exemple, dans un nouveau véhicule, ou au pire des nouveaux pneux ou freins. On pourrait investir dans des bus de grande taille, mais le plus urgent est quand même d'investir dans une nouvelle flotte de voitures de fonction pour les députés.
chapa1
On a donc des chapas en état pitoyable, surbondées, et des queues immenses aux arrêts de bus. Pour entrer dans les chapas, les gens se piétinent, sans pitié pour les enfants et les mamans, et se poussent pour entrer dans les vieux minibus. Je regarde ce triste spectacle en rentrant du travail, puisque je passe par "Museu" le terminal de tous les minibus. L'Etat a une dizaine de bus, des grands autocars, mais on les voit rarement. Ce sont par contre les seuls à rouler après 20heures, car tous les chaperos sont rentrés chez eux, ou plutôt sont dans les embouteillages de Benfica.

Benfica c'est le quartier derrière l'aéroport. L'aéroport était loin du centre, à l'époque ou le centre se limitait à cette 'Polana cemento' ou j'ai le priviliège d'habiter. Mais la ville a quintuplé, et l'aéroport a dorénavant l'apparence d'un "Central park", une carré de verdure au milieu de la jungle urbaine. Benfica est situé derrière, donc il n'y a qu'une seule route qui relie ce gros quartier populaire au centre, celle qui contourne l'aéroport. C'est l'anarchie totale sur cette route.

La nuit surtout, parce que les piétons, qui étaient tapis à l'ombre, se mêlent aux voitures une fois le soleil couché. Les voitures doivent batailler contre les chapas n'ont qu'une seule règle, c'est d'arriver au terminal des bus, qui est en fait un endroit ou on décharge les passagers au bord de la route. Le gouvernement a eu la bonne idée de refaire la route Maputo-Benfica, surtout en y mettant un grosmur de béton entre les deux sens, pour éviter que les chapas fassent demi-tour n'importe ou. Mais les travaux ont du retard, parce que c'est l'Afrique, parce qu'on ne travaille qu'au petit matin et le soir à cause de la chaleur. Mais comme ce sont aussi les heures ou les chapas doivent ammener et ramener les gens, c'est un exercice assez sportif. Finalement la ligne 13 à 18h, c'est presque le luxe. Mais aumoins au Mozambique, on voit pas les parisiens tirer la tronche. Bruit, sueur, danger, accidents, clacxsons, sueur des autres, poussière, soif, embouteillages, pots d'échappement, c'est le quotidien des locaux.

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03 mars 2011

Viva o Deportivo!

Depuis deux mois, je ne fais pas grand chose, à part travailler et jouer au Basket.

gymnaseJe joue au basket avec l'une des équipes d'un grand club omnisports de Maputo, le Deportivo, crée par les colons portuguais en 1913. Mais les temps ont changé et maintenant c'est moi le seul blanc. Je joue dans l'équipe B, composée de jeunes de 20 à 25 ans, trop agés pour jouer en juniors et pas assez bons pour jouer dans l'équipe première. C'est assez stimulant de jouer avec eux. Tous sont plus athlétiques que moi, ont des bras tentaculaires, ce qui au Basket fait généralement la différence. L'ambiance est vraiment sympa, certains m'appellent par mon nom d'autres m'appellet affectueusement (si, si!) "o branco", le blanc. Le coach vient parfois aux entrainements, sinon on joue tout seuls.


A côté du terrain de basket il y a une très ancienne piscine olympique. Difficile à dire si elle date du temps de la colonisation (avant 76) ou si elle a été construite par des soviétiques, en tout cas, son style de vieux ciment décrépit par le climat tropical et le manque d'entretien lui donne un certain charme. Une eau si claire au milieu d'un quartier d'affaires poussiérieux à la châleur étouffante, ca fait assez envie. Mais il faut être nageur.Grupo_Desportivo_de_Maputo
Parfois on a du arrêter l'entraînement de basket parce que quelqu'un brûle des poubelles à côté du gymnase (qui est en plein air). Les camions poubelle sont loin de passer partout, donc il faut bien s'en débarasser comme on peut.


Deux fois on a dû annuler l'entraînement parce qu'il y avait une émission de télé tournée sur le terrain. Des dizaines de couples apparamment venaient répéter la cérémonie de l'émission "Moçambique em concerto" qui est un grand mariage collectif. Après 2 bonnes heures de palabres stériles qu'affectionnent particulièrement les mozambicains (on a eu le temps d'aller s'entrainer sur un autre terrain entre temps), la répétition a commencé. Les organisateurs n'ayant aucune idée de comment organiser la chose, les couples ont parcouru le terrain de long en large pendant une bonne demi-heure, et attendaient parfois debout, sagement, vingt minutes, pendant que les gens de la télé débattaient de comment ils allaient faire. Le siège de la télé est à côté du gymnase, donc malheureusement ils viennent souvent.
Le club loue aussi le gymnase le dimanche à une église brésilienne évangéliste privée, laquelle nous rend le lundi un terrain très sale et glissant qu'il faut laver avec des serpillères.

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01 mars 2011

Matola night fever

J'ai également eu la chance de rencontrer Malia au concert, et elle m'a ammené dans une soirée dont aucun blanc n'aurait pu entendre parler... puisque le bouche à oreille s'est fait en shangaana. A Matola, la 'ville dortoir' de Maputo, une ville de classes moyennes, de maisons en béton mais sans étage, dont les rues sont bitumées. On rejoint donc son frère et des copines à elle dans une sorte de parc au milieu duquel un grand hall sans murs est devenu une boite de nuit d'un soir. A l'entrée des dizaines de gamins essaient d'être celui qui va vous aider à vous garer . Ce sont les mêmes qui vont vous attendre jusqu'à 4h du matinespérant de récuperer quelques miettes de monnaie.

A côté ça claque 5€ pour entrer, 3€ pour chaque boisson, et on n'en boit pas qu'une. J'arrive dans une soirée a l'ambiance super chaleureuse, ou près de 400 jeunes de matola rivalisent de clowneries, de moves de danse, de drague en tout genre. Presque tout le monde est bourré, mais aucune embrouille, pas la moindre manifestation d'agressivité de la part de personne, même pas un regard de travers au seul blanc de la soirée -moi-, super soirée, avec des vieux tubes de rap américains, de house sur africaine, de musique locale qui ressemble à un zouk, etc. J'ai passé une très bonne soirée! A  la sauce locale. Moi je suis plus à l'aise avec ces ambiances de folie ou personne ne se prend au sérieux, personne ne se soucie du regard des autres. Bien plus à l'aise que dans nos boites de techno en europe ou on a peur de danser mais ou paradoxalement on vient pour être vu...

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18 février 2011

O Clube naval

 

 clube_naval_maputo

L'ancien club naval des colons portugais n'a jamais bougé. part qu'il était en haut de la plage en 1913 et que maintenant il est les pieds dans l'eau. Ce sont désormais les arrière petits-enfants des colons de la fin de l'époque coloniale, dumoins ceux qui ne sont pas partis, qui se font bronzer au pord de la pisine. Le "Clube naval" est un mini port de plaisance au pied de la colline de la pointe de Maputo, au côté duquel est construit une très grande piscine, un restaurant, une salle de muscu et des hangars à bateaux. C'est grâce à Boris, qui a passé son enfance à pateauger dans cette pisine (il y a même appris à nager) que j'ai pu entrer dans ce haut lieu de la 'société" de maputo. Un entre-soi très spécial, ou n'entrent presque aucun étranger, que des mozambicains d'origine portugaise, beaucoup de métis et quelques noirs. Les mozambicains noirs, asiatiques (musulmans) et les étrangers vont ailleurs. L'ambiance est très familiale, tout le monde se connait évidemment. Les prix y sont très doux par rapport au luxe de l'endroit, parce que ce n'est pas le prix qui fait la sélection à l'entrée: c'est la cooptation. Coopté ou pas, j'ai pris un gros coup de soleil.

Mon pote Boris Dimitrov, que j'ai rencontré au boulot, est Mozambicain, comme son nom ne l'indique pas. Fils de coopérants moldaves du bloc de l'Est, restés au chaud après la chute de l'URSS, il connait bien le Mozambique, bien qu'il vienne d'y retourner après avoir fait tout son lycée et sa fac à l'étranger. Il est là depuis assez longtemps pour se souvenir du couvre feu déclaré à coups de rafales de kalashnikov et des roquettes qui finissaient sur l'immeuble d'en face. Il m'emmène dans des lieux ou je n'aurais pas été tout seul, ce Maputo blanc local, bien plus fermé aux étrangers de passage qu'aux noirs avec qui on partage désormais le pays.

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15 février 2011

Ah, Maputo...

Hier soir j'ai rencontré l'ami d'un ami brésilien que j'avais rencontré à Vienne, on a sympathisé autour de beaucoup de bières, devant un magnifique coucher de soleil sur la baie de Maputo. Diogo, il s'appelle, a ensuite pris une photo de nous et l'a envoyé sur le facebook de notre ami commun. C'est la technologie. Mon pote brésilien travaille pour une énorme multinationale brésilienne de l'acier et du charbon, il est expat, à la mode de nos expats traditionnels à nous, également très bien payé. Le brésil, grande puissance en ascension, fait la même chose que la france (exploiter les richesses du pays sans dire -au peuple- combien ils les achètent -aux dirigeants-), mais avec le sourire et l'accent carioca, ca passe toujours mieux. 

Je vais souvent au restaurant Kalus, que mon colloc m'a indiqué. Dans ce restau en plein air à chaises en plastique, on va au comptoir choisir sa salade et sa pièce de viande, qui sont ensuite rôties au milieu des tables puis servies bien chaudes. On s'en sort pour 6 euros, ce qui fait bien plaisir. Le problème, c'est que c'est un des seuls endroits pas chers à Maputo centre.

Maputo quartier Polana, c'est un peu le 16ème arrondissement au milieu d'un pays qui meurt de faim et vit à même la terre. La ou Ouagadougou a trois hotels de standard 3 étoiles ou plus, Maputo construit son Radisson qui sera le 5ème 4 étoiles. Tout le monde ne participe pas à faire du Mozambique l'un des 5 pays les plus pauvres du monde: on voit des mercedes énormes dans toutes les rues, des 4x4 de la taille d'un tank, comme celui de mon colloc suédois, un monstre. Paraît-il que Maputo c'était mieux avant, c'est à dire avant l'indépendance, quand il y avait encore 300 000 portugais qui habitaient les grosses maisons et les immeubles HLM. Et puis la guerre, devenue civile une fois la guerre d'indépendance terminée, est passée par là et a bien ammoché le béton. Pour avoir été à Ouagadougou, je ne dirais pas que la ville est sale, mais c'est sur, en fain de weekend, on dirait Marseille après une semaine de grève des éboueurs. Le centre-ville est globalement ultra chèr, disons les mêmes prix qu'en france hors-paris.

Heureusement, il existe, outre les grands hotels (1000$ la nuit), des havres de luxe et de propreté. Le quartier nord, en bord de mer, était l'un des plus pauvres de la ville. Mais comme me l'expliquait avec humour mon pote Boris en me conduisant à travers les villas qui ont remplacé ce quartier "ils avaient une trop belle vue sur la mer, ca ne pouvait plus durer". On a maintenant des ambassades, des villas de très mauvais gout aux allures de casernes tant elles sont barricadées, des piscines, des ambassades, des gardes armés de kalashnikov. On a également une école française, une portugaise et une américaine, celle ou travaille mon colloc francais, celle là coûte 15 000$ l'année. Oui, c'est le prix d'une année à HEC.

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09 février 2011

Les amoureux de Friedrich Engels

Hier je suis allé faire mon footing habituel. Sur ce chemin je vois toute l'Afrique. Je me faufile entre les immeubles de 25 étages, puis je cours le long de la rue 'Friedrich Engels' qui, ironie de l'histoire longe "le capital": des villas énormes, barricadées comme un goulag, faisant face à la mer. Face à la mer, la promenade des amoureux, ou j'ai l'impression de croiser toujours les mêmes couples, assis sur un banc ou il est indiqué peint en rouge "prouve ton amour, fais le test du HIV avec moi". Quelques enfants noirs jouent à la trotinette avec des enfants arabes, quelques femmes voilées croisent des femmes en jupe très courte, tout cela à l'ombre des flamboyants, devant l'océan indien. Endroit idyllique que la nuit tombée, il vaut mieux fuir, car les gamins auront fait place aux racailles.
En descendant la colline vers la corniche, on slalome entre des maisons encore plus luxueuses, dont la blancheur des murs d'enceinte contraste avec la couleur généralement attribuée à la misère.


Le long de la corniche, quelques familles ont leur voiture garée au bord de la jetée. Le coffre ouvert laisse s'échapper la vibration des basses du soundsystem de la voiture. On pose les glacières pleines de bière, le pic nic, on y passe toute la journée sous les cocotiers. Des scènes qui ressemblent à s'y méprendre à ce qu'on pourrait voir les weekends sur les côtes de l'île de la Réunion, à quelques 1200 km de là.

En arrivant sur la plage, je cours jusqu'aux bateaux de pêcheurs, dits les 'dhows', selon leur nom arabe. Le "port" ainsi installé sur la plage, est plein de couleurs et d'odeurs d'afrique. Ici, un jeune très musclé repeint un bateau sur le sable et sous un soleil de plomb. Là un homme écaille un poisson aux pieds d'un couple de 'portugais' venus faire leur marché "en étant surs que c'est frais" selon eux. Un bateau rentre de la pêche, un vieux pêcheur, au corps et au visage usé par des décénnies à lutter sur l'eau en descend avant les autres avec une caisse. Sur la plage il en sort fièrement un bébé requin de 80cm sur lequel il vide 20kg de petits poissons. Les femmes qui les attendaient sur la plage trient ensuite ces poissons qu'elles vont manger et vendre dans la soirée. Derrière les autres pêcheurs luttent contre les vagues pour ranger le bateau. A quelques mètres de la, un groupe d'hommes coud des voiles de dhow. Personne n'a de voile en une pièce: ce sont des dizaines de raccomodages successifs qui font une voile. Un bout de drapeau national, un bout de blouson, un bout de toile publicitaire, tenant tant bien que mal les uns aux autres. Avec la force du vent cet après-midi, je me demande bien comment ça peut tenir. C'est une grosse prise de risque pour quelques euros de vente quotidienne.
De la plage ou tout cela se passe, on peut monter sur les dunes, derrière lesquelles on trouve le 'Casino Polana', château de béton peint en blanc, ou les riches se débarassent de leur trop plein d'argent, au profit des revenus fiscaux extra-budgetaires, c'est à dire des villas des cadres du FRELIMO.

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05 février 2011

Marrabenta!

Mes collègues du travail me parlent depuis une semaine d'un festival de Marabenta, la musique traditionnelle du sud du Moçambique. Un come-back d'anciennes gloires du genre mais aussi des apparitions de stars du moment. Mes collègues ne sont jamais venus mais j'ai été rejoint par un pote. J'ai attendu tellement longtemps au même endroit en attendant mon pote que j'ai attiré l'attention de la présentatrice de la TM qui m'a interviewé. Ou c'est plutôt elle qui a attiré mon attention car on ne devient pas présentatrice télé par laideur. Elle a été gentille de me faire répéter avant ce que je devais dire à son micro. Je ne suis pas resté devant le journal lundi soir, mais j'imagine que je suis passé à la télé. Même scénario qu'en 2007 au vénézuela, je me fais interviewer la première semaine alors que je parle à peine la langue locale :p
Le concert était au "Centre Culturel Franco-Mozambicain", un grand centre aux allures de lycée, dans lequel ont lieu des cours de français, des expos, et surtout des concerts, dans une salle assez bien équipée. Dans la salle une bonne moitié d'européens et américains, et une bonne moitié de mozambicains. On a donc un mix assez étrange de blancs (comme moi) venus découvrir la musique locale, et de locaux venus voir ou revoirs des stars chanter des chansons ultra-connues, toutes en changaana, la langue du sud. Nos représentants de la bureaucratie diplomatico-culturelle française sont bien là, se donnant des airs arrogants à la parisienne et surjouant la confiance en eux de celui/celle qui est "là chez lui". A croire qu'ils et elles essayaient d'être la caricature internationale d'eux mêmes.
L'ancien président Chissano était également de la partie, c'est d'ailleurs la première fois que je vois un chef d'Etat, ancien ou en exercice, c'est marrant. Il est applaudi à son passage sur seine, ce qui me laisse pantois. C'est le genre de mec qui, s'il était resté au pouvoir, aurait très bien pu se faire éjecter par son peuple à l'hiver 2011, si vous voyez ce que je veux dire...
Le concert était génial, ouvert par un chanteur de 83 ans qui dansait et sautait en clamant qu'il se sentait comme un enfant, puis une chanteuse de pop, suivi par un chanteur qui m'a fortement fait penser, de la moustache à la voix, à Francis Cabrel, et bien d'autres. Tous des stars selon la fille qui était assise à côté de moi, et qui me traduisait parfois du shangaana au portugais. Si je comprenais trois mots j'étais content! Les mozambicains chantaient les tubes, criaient à l'annonce du prochain chanteur et descendaient dans la fosse pour danser, tout cela sous le regard des blancs un peu coincés qui formaient l'autre partie de l'assistance.
Le rappeur Azagaia, connu pour ses prises de position contre la mafia au pouvoir et pour dénoncer les inégalités hurlantes, a profité de son passage sur scène, qui plus est face à un ancien président, pour faire entendre sa voix. Il a rappé en portuguais, et j'ai à peu près compris ce qu'il disait, il est excellent le gars. Azagaia fait l'objet de menaces de mort de la part de sbires du parti-état, mais ne se tait pas.
http://www.youtube.com/watch?v=b9IwDjrUNTE&NR=1
Quand je dis à mon pote Boris, un mozambicain, que je veux rentrer à pied après le concert, il rigole et me dit clairement non. La nuit, on tente pas sa chance, même si on fait le même chemin 2 fois par jour, c'était le jour.

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